mardi 19 juillet 2016

La quitter.




Ode à Paris


Paris, ma belle, je fous le camp. Presque pieds et poings liés. Le presque, ici, réside dans le fait que cette décision pénible demeure par définition un choix, un vrai. Ou plutôt un oui, à une autre, Paris. A une autre dont je ne connais rien, merde. Paris, je tremble comme une feuille. Comme une droguée à qui on aurait confisqué sa came.

J'avoue que notre relation a été chaotique. J'avoue t'avoir haïe, sans raison parfois. Et parfois car tu le méritais. Paris tu es crasseuse, hostile, antipathique, raciste. Paris tu te la joues. Tu es monotone dans ta beauté. Et ces visages, à travers lesquelles tu te matérialises, sont autant de minuscules pièces d'un puzzle vraiment pas fastoche. Paris, tu m'as pris le tête! Tu m'a collé la migraine, avec tes relents de pisse, de clope. Paris tu pues du bec! Tu exhales l'odeur écœurante d'un parfum bon marché, le fumet corsé des cafés hors de prix, le crachat toxique des pots d'échappement. L'odeur âpre des gens.

Mais tu brilles, ma vieille. Tu scintilles, de jour, de nuit. Ta vraie beauté, Paris, se nourrit de tes imperfections. De ta folie timide. De ton côté obscur. J'aime tes secrets, j'aime profiter de toi, à ton insu. Faire tomber ton masque de pucelle. Paris, j'aime tes rues en fin d'après-midi, tes lumières la nuit, j'aime quand tu n'es plus si bien rangée. J'aime tes restaurants asiatiques à la devanture douteuse, tes graphitis, les collages sur tes murs, j'aime ton odeur de pain le matin, j'aime que tes cloches me cassent les oreilles. J'aime savoir qu'une foule vit, grouille, ici Paris, entre tes quatre murs. Je te photographie sans cesse, je te prends sous toutes les coutures. Je te pille à coups de clic et de clac, je te vole mille petits moments uniques, je les mets dans ma boîte. Et plus que tout, j'aime ton art, tes couleurs, ta musique. J'aime comment tu tritures mon cerveau, comment tu le nourris. Je t'ai bouffé Paris. Je te digère encore, à vie.

T'es hors de prix, vieille rombière. Mais traîner avec toi résonne comme un privilège. Privilège que je m'octroie encore un peu, pour moins de jours qu'il n'y a de doigts sur ma main. Je m'enivre sur tes terrasses, je grille sous ton soleil dur. Je perds le contrôle. Je bousille mes économies. Je m'en fous Paris. Je t'aime, ça y est, après quatre ans, je te le crie.